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Autofiction? La règle du je

 

chloé delaiumeJ’ai rencontré Chloé Delaume grâce au théâtre.

Ses écrits avaient été travaillés par trois comédiennes pour en faire une pièce.

Epoustouflant ! D'abord pour le texte, mais aussi pour la mise en scène (un drap de couleur gris argenté reliait les actrices entre elles. Ces trois femmes représentaient alors les différentes pensées, secouantes, changeantes, de la même matière grise ) .

Je ne m’étendrais pas sur la pièce de théâtre car c’est bien de l’auteur et d’un de ses livres que je souhaite vous parler ici.

Chloé Delaume, La règle du je, collection TRAVAUX PRATIQUES, puf.

 

Entre essai littéraire sur l'autofiction et phénoménologie. Une rencontre.

«  Je a-t-il le pouvoir de la réinventer à défaut de la faire taire? Son histoire, je veux dire. […] Mon histoire personnelle est peuplée de fantômes […] Pratiquer le roman, le roman à Il-Elle ou à Je-c’est-pas-moi c’est se promettre polluée par le trauma initial. Quelles fictions inventer sans toujours en filigrane retracer les contours des spectres familiaux, reproduire leurs chuintements, la voix des personnages hantée par leurs cris rauques.

[…] Il ne pouvait y avoir la femme et l’écrivaine, deux entités distinctes. Ce n’était pas ça, le pacte. Le pacte auto fictif tel qu’il fut parafé. Au lu et approuvé précédait un article stipulant uniquement personnage de fiction qui s’écrira lui-même. Je suis libre à présent. J’ai fait le deuil d’un Je qui ne savait être qu’Elle.

Rimbaud: Je est un autre. J’ai suicidé mon Je afin d’y arriver. Je suis devenue une autre. Je peux donc être un autre.  “Concrètement” , pour de vrai. Les formules poétiques n’ont pas pour vocation d’être seulement disséquées dans les dissertations. Parfois en elles, palpite le secret de la survie. »

Mais qu'est-ce que l'autofiction?

Chloé Delaume nous rapporte à ce sujet les propos de P.Gasparini, docteur en littérature générale et comparée sur le pacte autofictionnel: «Ce qui a changé, depuis trois ou quatre décennies, c'est notre conception de l'individu et de son histoire, notamment sous l'influence de la psychanalyse. En effet, si l'inconscient cache, refoule et déforme les traces du passé, comment prétendre retracer sa vie selon une logique chronologique? L'experience personnelle ne peut plus être communiquée que sous une forme fragmentaire, une forme singulière sans cesse contestée de l'intérieur. Faisant de nécessité vertu littéraire, l'écrivain contemporain va donc associer “auto” et “fiction” pour configurer, selon l'expression de Paul Ricoeur, une “identité narrative”.»

 

L'autofiction implique un pacte extrêmement particulier entre l'auteur et le lecteur. «L'auteur ne s'engage qu'à une chose […] lui transmettre par le ressenti, concrètement, sa propre expérience […]. Du vrai, du faux, de la parole. »

Et elle rajoute:

«L'autofiction c'est une expérience.

[...]Rien n'est écrit qui ne soit éprouvé.»

L’autofiction comme autothérapie?

«La prostitution, le meurtre, la psychose, le deuil, le suicide. La mort, l'aliénation. C'est de ça que je parle, c'est de là que j'écris.»

« L'autofiction est une négociation de la douleur. L'autofiction permet l'injection de fiction dans la consignation de faits et d'évènements si strictement réels que le Je ne sait que s'y cogner. Etiologie de l'autofiction. Avouer que l'impulsion s'avère post-traumatique dans la plupart des cas. Si le Je s'affabule c'est pour construire un Moi que le réel déchiquète. Enfin, je crois.

[…] L'autofiction c'est le moyen d'essayer, de rattraper, de recréer, de refaçonner, dans un texte, dans une écriture, des expériences vécues de sa propre vie qui ne sont en aucune manière une reproduction, une photographie.»

«Je réinvente ma personnalité et mon existence par la littérature, en reconstruisant mon identité réelle à partir d'un changement de nom.

L'autofiction est une utopie, c'est pour ça que sa topographie est problématique.»

Ainsi, l'auteur écrit: «Chloé Delaume est un personnage de fiction crée par Nathalie Dalain (1973-1999). Elle a pris le relais dans le corps, et elle s'écrit avec depuis.»

Et puis la maladie …

«Je ne sais plus du tout m'écrire dans le réel, je ne sais plus m'écrire, à peine me supporter. Mes textes prophétisent l'épisode psychotique qui ne va pas tarder.»

Elle raconte, avec ses mots, sa souffrance, ses tentatives de suicide et comment l'internement influe sur la structure de son Je, “friable et éclaté”, en ces instants.

L'autofiction comme acte politique?

«Comme si la seule souffrance pouvait être le moteur. Comme s'il n'était question que d'autothérapie, de restauration du Moi, pas de littérature. Comme si chaque praticien ne chantait que sa plaie, que sa plaie, non pas par.

Une forme littéraire parfaitement subjective, où le Je se libère des fictions imposées, s'écrivant dans sa langue et chantant par sa plaie. Mon Je est politique.»

Elle explique réaliser, par l'autofiction, une résistance à une uniformisation culturelle, une révolution du Je, dont elle expose les règles basées sur la réflexivité.

Pour conclure, ce livre est l'occasion de découvrir un genre littéraire qui intègre la temporalité au plus près du sujet. Il est aussi le témoignage touchant d'une femme qui en fait l'expérience et qui y construit un type d'identité.

 

Sophie prébois

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